LE ROYAUME DU PRÊTRE JEAN

 

Nous sommes en 1165, l’évêque de Frisingen Bavière rencontre près de Rome, celui de Jabala en Syrie. Il lui raconte une histoire extraordinaire, une histoire qui va perdurer tous le moyen-âge. Un prêtre roi chrétien quelque part à l’Est de la Perse a remporté une grande bataille contre les armées Perses et Medes et s’est emparé de leur capital (aujourd’hui Hamada en Iran). Ce prêtre-roi s’est mis en route vers Jérusalem pour retrouver les croisés venus d’Europe, mais devant le Tigre, il a attendu vainement que celui-ci gèle et s’en est retourné dans son royaume.

A la même période des lettres arrivent à l’empereur Byzantin Manuel 1er, au Pape Alexandre III et à Frédéric Barberousse pour les inciter à la croisade (des versions hébraïque circulèrent faisant état des tribus perdus d’Israël).

 

Cette lettre décrit le royaume du Prêtre Jean comme un eldorado : abondance, prospérité, absence de corruption et de poison. La fontaine de jouvence y occupe une place essentielle.

 

« Si quelqu’un goutte de cette fontaine trois fois à jeun, il sera exempt de toute infirmité à partir de ce jour ; il restera pratiquement à l’âge de 32 ans aussi longtemps qu’il vivra. Dans mon royaume, ajoute le prêtre Jean, il y a des aigles (symbole d’immortalité) qui nous amènent fréquemment des pierres grâce auxquelles on peut rajeunir et récupérer la lumière ; sachez qu’en nos terres sont les licornes (symbole de pureté) qui ont en leur front une corne seulement, et il y en a de trois manières, des vertes, des noires et aussi des blanches. »

 

Le pape répondit à cette lettre, dès ce moment, le royaume du prêtre Jean devint l’objet d’espoir des chrétiens d’occident. Les croisés ont espérés son arrivé providentielle en prenant les musulmans à revers. A cette époque, au XIIéme siècles on situe le royaume en Inde ou en Afrique orientale.

Ceux-ci n’ont aucune raison de ne pas y croire. Car les croisés savent très bien que des communautés chrétienne y ont pris naissances bien avant l’arrivée des musulmans et sont encore florissantes.

Au IV s l’empereur Ezena d’Éthiopie se converti au christianisme puis au V s des moines venus d’Antioche assurent la conversion du peuple, qui maintient l’église d’Éthiopie sous tutelle du patriarcat copte d’Alexandrie (jusqu’en 1959).

Mais au VI s les perses Sassanides repoussent les limites de l’empire Éthiopien et coupe les échanges avec la bassin méditerranéen.

On sait aussi que des moines sont allés jusqu’en Chine au VII s ; notons aussi que l’apôtre Saint Thomas aurait prêché l’évangile aux Indes au I s et y serait mort martyrisé.

A la fin du XII s, on pense qu’il pourrait être le Khan des mongols, qui unifie toute l’Asie centrale et permet d’accueillir des voyageurs chrétiens.

Qu’ils soient missionnaires ou négociants, le pays du prêtre Jean est sans conteste l’un de leurs objectifs primordiaux. Marco Polo lors de son deuxième voyage fait état de la région de Tongut, pays de chrétiens en ces termes : « et de cette province en est un roi de la lignée du prêtre Jean, et encore est prêtre Jean, et sachez qu’il est prêtre chrétien comme la plus grande part de son peuple ».

On lui parle aussi d’une bataille dans laquelle Gengis Khan à tué son suzerain, le mongol chrétien Ugu Khan.

 

Mais, ne trouvant pas de roi chrétien avec un royaume opulent en Asie, ni en Inde, l’occident commence à se tourner vers l’Éthiopie, en partant du postulat que les mongols et les musulmans auraient repoussé les limites du royaume des trois Indes decritent dans la lettre vers cette zone encore inconnue.

Surtout que des moines Éthiopiens s’établissent à Jérusalem vers 1280, et que l’empereur copte d’Éthiopie s’illustre dans sa guerre contre l’Islam, ce qui contribue grandement à l’éclat de ce territoire en Europe.

 

Au XIVe s, le roi Jean est confondu avec l’empereur chrétien Negus d’Éthiopie. Henri du Portugal, prince navigateur, avait pour motif d’expédition vers les Indes de trouver le légendaire royaume et de ce faire un allié du puissant roi contre l’islam.

 

En 1514, le roi Manuel envoie officiellement une ambassade en Éthiopie. Après un voyage épique de sept ans, ils arrivent dans un royaume aux villages misérables, mais aux églises opulentes et ils rencontrent le roi Lebna Dengel Dawit qu’ils abrègent en David. Mais son palais n’est qu’une tente, et sa capitale un campement. Le retour des ambassadeurs à Lisbonne en 1527 provoque l’effondrement du mythe de la richesse et de la puissance de l’empereur d’Éthiopie. En effet, en 1523, l’Islam avec Grane va dévaster le royaume Éthiopien, anéantir sa culture matérielle et spirituelle . Même si les portugais se sont étonné de la magnificence des églises et des livres (comme la bible, des apocryphes traduits de Grecs en Guezes, Éthiopien classique).

 

Concernant les lettres du prêtre Jean, personne ne croit aujourd’hui qu’elles soient authentiques. L’auteur serait en fait un chanoine de Mayence, connaissant le proche Orient et les légendes d’Alexandre Le Grand.

Plutôt que de révéler l’existence d’un paradis lointain, le but de l’auteur de cette lettre, n’a-t-il pas été de donner une leçon de morale à l’Occident chrétien, et surtout à la sainte église romaine en décrivant ce que devrait être un royaume chrétien, appliquant réellement les préceptes bibliques.

Manifestement cela n’a pas été compris comme cela, en effet comment la société aurait pu réagir si le royaume du prêtre Jean était à la porté de tous les hommes épris de concept universel à toute l’humanité.

 

 

à lire : Baudolino d'Umberto ECO